Infini de la communication, fin du désir.
Toni Negri
Ezpala 10, 1999
Résumé de l'article. Vous pouvez trouver le texte dans son intégralité en espagnol.
Jamais la relation media-spectateur na été aussi diabolisée quaujourdhui, et ça ne fait quempirer. Une vie quotidienne dominée par le monstre médiatique nous est représentée comme une scène peuplée de fantômes, de zombis prisonniers dun destin de passivité, de frustrations et dimpuissances.
Cette diabolisation nest pas la seule composante de la relation media-public-vie quotidienne. La science de la communication en est un bon support. Tout ce qui est éthique, politique, poétique, interactif, qui nest pas immédiatement discursif, dans la relation media/public, est éliminé. Dans cette réduction scientifique (si on peut lappeler ainsi!) sappuient les conceptions terroristes des médias, les lamentations des moralistes et surtout une vision figée de la vie politique qui se traduit en: il ny a rien à faire! Impossible déchaper à cet esclavage! Ici se confirme la sacralité du pouvoir, dans toute cette nouvelle modernité.
La gauche ne propose rien de plus que la théorie de la manipulation et montre de la pitié pour les pauvres spectateurs réduits à des récepteurs passifs. Cependant, lêtre humain nest pas unidimensionnel, et il faut résolument rejeter les conceptions dont on a parlé jusquici, et que la gauche moralisante et pessimiste a fait siennes. En premier lieu parce quelles sont fausses, puis parce quelles produisent impuissance éthique et défaitisme politique.
Moyennant laccumulation de la communication, la conscience de lêtre humain se transforme et devient apte à une reconnaissance collective de cette multiplication des possibilités de savoir et des capacités de transformation qui sont les seules à pouvoir lui assurer plus de liberté. La communication devient la forme dans laquelle sorganise le monde de la vie avec toute sa richesse. Le travail humain de production dune nouvelle subjectivité prend toute sa consistance dans lhorizon virtuel quouvrent toujours plus les technologies de la communication.
Au sein même de ce travail communicatif, les résistances ultimes dun monde capitaliste figé, saisi dans les déterminations fétichistes de lhorizon de la marchandise, saffaiblissent: la réalité, la nature, la société se trouve emprisonnée dans la consistance du flux des événements; alors, lactivité communicative de la force de travail, des consciences qui communiquent, des sujets coopérants devient capable de mettre en action, radicalement, la transformation sociale, sans autres limites que celle de notre désir. Une limite qui na comme unique obstacle que linfinité de la tâche.
Nous entrons dans une ère post-médiatique. La seconde critique que nous pouvons faire aux théories de la communication quaujourdhui nous offre le pouvoir sappuie sur cette constatation. À partir de là nous pouvons démythifier la perspective dun esclavage politique inévitable (et de la poursuite de lexploitation du travail). Il sagit dimaginer et de construire un système collectif de communication dans lequel seraient exclus le privé et létatique. Il sagit, en définitive, de construire un système public de communication basé sur linter-relation active et coopérante des sujets.